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Souveraineté monétaire : le mythe de la panacée

lundi 06 juillet 2009 No Comment

Endettement/Revenus
Ni dettes, Ni emprunts“… Une planche à billets bien française qui mettrait l’économie de la France à l’abri de la mondialisation et des affres de la finance internationale.

L’idée n’est pas nouvelle, mais dans un monde caractérisé par l’interdépendance des économies, l’utopie du protectionnisme monétaire absolu relève plus de l’utopie que de l’innovation.

En revanche, il est clair que les excès constatés qui sont à l’origine de la crise économique actuelle ont augmenté les exigences citoyennes en matière de contrôle économique des acteurs de la banque et de la finance. Cette demande croissante de transparence ne peut plus être ignorée par les Etats, et les responsables politiques doivent y apporter une réponse.

La Commission Pecora qui enquêta en 1933 sous la Présidence Roosevelt sur le monde de la finance a permis de révéler au grand public des pratiques scandaleuses, et notamment des liens de certaines personnalités du monde de la finance avec le nazisme, mais on ne saurait extrapoler à partir de ce fait historique pour échaffauder une théorie générale du complot des puissances de l’argent contre les citoyens.

C’est ici que l’on glisse de la réflexion économique au projet idéologique fortement inspiré par Lyndon Larouche, lequel a fortement inspiré Jacques Chaminade, chef du parti Solidarité et Progrès qui expose son projet dans la vidéo ci-dessus.


L’indispensable Commission Pecora
par Solidarite_et_Progres

Pourcomprendre le rapport entre les idées de Jacques Cheminade évoqué dans le commmentaire précédent et l’emprunt d’Etat annoncé par Nicolas Sarkozy, il faut savoir qu’en matière bancaire, Lyndon LAROUCHE (théorie de la triple courbe exposée dans la vidéo), est favorable à un système de banques nationales, selon les idées et les politiques de Alexander Hamilton et d’Abraham Lincoln.

“les crédits doivent être émis sous contrôle du Congrès, toujours en direction de projets précis et clairement mandatés, pensés en termes de développement à long terme. Ceci dans le but d’enrayer les opérations spéculatives, en incitant le système bancaire à financer ce qui est de l’ordre de l’intérêt général” (Wikipedia).

Une finance placée sous le contrôle exclusif des Etats, c’est à dire le retour à la “souveraineté monétaire”, tel est le projet de Lyndon LAROUCHE .

Outre le fait que ses idées soulèvent de sérieuses objections de la part des économistes, la personnalité très controversée de Lyndon LAROUCHE oblige à considérer ses thèses et celles de ceux qui s’en réclament avec la plus grande réserve.

- La souveraineté monétaire pourrait-elle mettre fin à l’instabilité intrinsèque des économies monétaires ?

La souveraineté monétaire, c’est la monnaie sans concurrence. Les rois successifs n’ont eu de cesse de proclamer leur souveraineté monétaire. Charlemagne l’avait fait ou plutôt en avait rêvé en n’ayant de cesse de répéter son monopole monétaire, tentant de restaurer avec l’Empire les anciens regalia de l’empereur romain.

Aux Etats-Unis, l’arrêt Knox v/ Lee de 1871 de la Cour suprême reconnaissait définitivement la décision de cours légal comme attribut de souveraineté et plus généralement que « le pouvoir général sur la monnaie […] a toujours été un attribut reconnu de la souveraineté ».

- La monnaie de crédit

Sous la présidence Woodrow Wilson, suite à la crise de 1907, la législation américaine obligea chaque banque à déposer des réserves auprès de la Banque fédérale, et chaque dollar émis devait être gagé par une fraction de 3,5 %. La Banque Centrale qui devint la banque des banques, devait pérenniser le système de la monnaie de crédit. Mais ces mesures n’empêchèrent pas la crise de 1929.

- L’eurodollar fut au XXème siècle ce que fut au XIXe siècle l’apparition de la monnaie de crédit.

Au sortir de la seconde guerre mondiale fut institué par les accords de Bretton-Woods, un système de change fixe reposant sur un dollar convertible en or (35 dollars l’once).

Face à la multiplication des Eurodollars, les États-Unis se retrouvèrent dans l’incapacité d’assurer la convertibilité en or du dollar, et le 15 août 1971, Richard Nixon décida de laisser flotter le dollar.

On assista à l’internationalisation des monnaies rendues pleinement convertibles et donc privatisées :

” cette privatisation bien que résultant de la volonté des Etats, porte en elle-même dans un effet de rétroaction, la destruction de leurs souverainetés “.

- Souveraineté mondiale : l’Etat, simple acteur de la création et de la gestion de la monnaie

Nous sommes aujourd’hui bien loin de la réalité des propos du Sieur de Malestroit qui, le 16 mai 1567, considérait que la monnaie est « une cabale entendue de peu de gens ».

“La mondialisation et la construction européenne, par la désagrégation du national et contrairement aux attentes supranationales, ont contribué à favoriser un nouveau développement du localisme. En outre, la nouvelle monnaie unique est une ultime nécessité qui vient enterrer les prétentions souverainistes. C’est une sorte de localisme inversé à un échelon supranational.”

“L’Etat a conscience de la mutation contemporaine du schéma classique et l’Etat à la
française n’est plus que l’ombre de ce qu’il a si longtemps souhaité être. De titulaire de la souveraineté monétaire, l’Etat est devenu un simple acteur de la création et de la gestion de la monnaie. Par un double mouvement centripète et centrifuge, la monnaie a ainsi tendu et réussi à s’émanciper de l’Etat.”

“Face à cette privatisation du monde, deux postures se dégagent. La première est de dire que face à la mondialisation par le privé, il faut opposer une mondialisation par le public. Il faut faire, à l’échelle mondiale, ce qui s’est produit au début du XXe siècle et en particulier après la crise de 29 au niveau national: la Banque Centrale encadre et gouverne le crédit, donc le pouvoir financier.”

- Renforcer le rôle des institutions internationales (FMI, etc)

Bagehot, banquier et économiste, écrivait en 1873 : “En cas de crise, le prêteur en dernier ressort assure la liquidité des banques de second rang, de façon à leur permettre de faire face à leurs engagements. En se posant comme ultime recours dans les périodes de ” courses à la liquidité “, la Banque Centrale apporte au marché la régulation qu’il ne peut trouver en lui-même“.

Pour éviter l’effondrement du système bancaire menacé de la crise financière actuelle, les Banques Centrales ont été amenées à jouer le rôle de prêteur en dernier ressort pour permettre aux banques de continuer à se prêter de l’argent entre elles.

Parallèlement, les moyens des institutions internationales telles que le FMI ont vu leurs moyens d’intervention renforcés. (sur le rôle de ces institutions, voir les travaux de l’économiste Michel Aglietta) 1

- La gouvernance mondiale ne règle pas le problème de l’émission anarchique de crédit.

Comme le défend Maurice Allais, à la suite de Hayek et de Fisher, seule une couverture intégrale des dépôts à vue et a terme, peut mettre un terme à “la spéculation gigantesque que l’on constate [...] parce que l’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir“. C’est-à-dire que chaque crédit émis doit correspondre à une épargne correspondante.

- Nécessité d’assainir le système financier mondial

Faute d’assainir le système financier mondial, le banquier prête au-delà du raisonnable, et la Banque Centrale intervient pour rembourser le créancier avec l’argent des contribuables

Marcel Macaire, professeur d’économie à Nanterre a écrit à ce sujet :

” la création monétaire par la Banque Centrale est par nature une dette sans créancier puisque l’Etat se prête à lui-même. C’est parce qu’il se croit obligé d’en avoir, qu’il emprunte à d’autres que lui-même et crée de ce fait un déficit budgétaire. C’est cette méprise – et elle seule – qui crée la dramatique situation du chômage dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui”.


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En effet, comme le rappelle David Ricardo : “l’expérience prouve que toutes les fois que le gouvernement ou une banque ont eu la faculté illimitée d’émettre du papier-monnaie, ils en ont toujours abusé “. Pour le courant monétariste, la monnaie est chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains des gouvernants.

Contraint d’intervenir pour garantir le fonctionnement du système bancaire, et donc de l’économie nationale, l’Etat apporte son soutien aux entreprises et aux ménages en accroissant sa dette au risque de tomber dans le piège de la spirale de l’endettement croissant alourdi par la charge des intérêts (voir en France les avertissements de la Cour des Comptes sur l’évolution de la charge de la dette).

“Pour reprendre une métaphore chère aux Anciens, la monnaie est à l’économie ce que le sang est au corps humain; s’il en manque, c’est l’anémie, s’il y en a trop, c’est la congestion. Il ne viendrait à l’idée de personne d’emprunter son propre sang. Alors, il revient à l’État, pour le service du bien commun, d’assurer l’offre à la demande de monnaie pour qu’enfin l’économie soit au service de l’homme”.

Eric Dillies 2


  1. source : La souveraineté monétaire, un mythe face au localisme monétaire – Olivier MENARD – Maître de Conférences en Histoire du Droit CREHUR, Université de Rennes 1 pdf [back]
  2. extrait du Bulletin Science et Foi n° 64 et 65, 2e Trimestre 2002, CESHE France – B.P. 1055 – 59011 Lille cedex) La souveraineté monétaire, un mythe face au localisme monétaireOlivier MENARD – Maître de Conférences en Histoire du Droit CREHUR, Université de Rennes 1 Souveraineté monétaire: le décrochage d’avec le Franc CFA revient en force dans l’actualité africaine In Débat, Prospective, Stratégie, veille on 20 février 2008 [back]


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