Les Talibans pakistanais imposent la Charia dans la vallée du Swat
La paix contre la charia dans la vallée du Swat (l’accord du 16 février 2009)
Les zones tribales du nord-ouest du Pakistan sont la proie de violences depuis que des centaines de talibans et de partisans d’Al-Qaïda ont trouvé refuge dans la région après le renversement du régime taliban d’Afghanistan fin 2001. Depuis, ils n’ont cessé d’étendre leur influence sur le Pakistan voisin
Dans la province du Swat, autrefois connue pour la beauté de ses paysages, le responsable religieux Maulana Fazlullah, lié aux talibans pakistanais a lancé une violente campagne pour y imposer la Charia.
Après avoir engagé une offensive militaire de l’armée pakistanaise pour les contrer, le gouvernement pakistanais a accepté l’instauration de la charia dans cette vallée du Swat, dans le cadre d’un accord avec les insurgés talibans : “la paix contre la charia”. 1
L’accord a été scellé le 16 février 2009 lors d’une rencontre à Peshawar entre les représentants du religieux radical Maulana Sufi Mohammad et ceux du gouvernement de la province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). 2
“Après des négociations fructueuses, toutes les lois non islamiques liées au système judiciaire et celles allant à l’encontre du Coran et de la Sunna seront annulées et considérées comme nulles et non avenues“, a déclaré dans un communiqué un porte-parole du gouvernement de la NWFP. (…)
Les Talibans s’en prennent à l’éducation des filles et à la liberté d’expression
Les militants islamistes ont interdit les écoles de filles dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan, excluant du système éducatif plus de 40.000 fillettes et jeunes filles.
Les écoles publiques ont été fermées et environ 300 établissements privés, censés rouvrir le mois prochain après les vacances d’hiver, resteront probablement fermés, a-t-on appris de source autorisée.
* PAKISTAN: L’éducation, première victime de l’extrémisme à Swat, 31 octobre 2007 (IRIN)
En janvier, plus de 175 écoles de filles ont été détruites ou endommagées par les islamistes ces derniers mois, a-t-on précisé. De nombreuses familles ont fui vers les villes de Peshawar et de Mardan et de plus en plus de policiers désertent ou refusent d’assurer leur service pour éviter les représailles des islamistes.
* PAKISTAN: Protéger les écoles de Swat contre les Talibans – Les garanties du gouvernement laissent sceptique 27 janvier 2009 (IRIN)
“A l’insécurité croissante qui a culminé avec l’assassinat du reporter Mosa Khankhel, en février 2009″, Reporters sans frontières, note que la vallée de Swat l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes.
“Interrogé par Reporters sans frontières, le Maulana Sufi Muhammad, chef historique du Mouvement pour l’application de la Charia islamique (TNSM), a affirmé qu’il “croyait à la liberté de la presse“, mais que la Charia interdisait de discuter des événements du passé, notamment des actes commis par des militants taliban.
Les taliban imposent leur loi, interdisant aux femmes de sortir non accompagnées et non voilées, et détruisant plus de cent écoles accueillant des filles. Ils interdisent en outre toute critique de l’islam et punissent ceux qui écoutent de la musique ou vendent des DVD.” 3
“En 18 mois, les islamistes n’ont cessé de marquer des points dans cette région située à une centaine de kilomètres seulement d’Islamabad, la capitale du pays. Ils ont fermé ou brûlé des dizaines d’écoles, institué leurs propres tribunaux et provoquer un effondrement total de l’Etat. Des centaines de milliers de personnes, terrifiées, ont dû fuir leurs villages”.
* Pakistan: la bataille gagnée des taliban
par Dominique Lagarde, L’Express, 19/02/2009
Les Talibans ne s’arrêteront pas à la vallée du Swat
Les Etats-Unis ont besoin d’un allié pakistanais fort 28 mars 2009
Selon l’analyste Ahmed Rashid (voir interview video infra), tous les efforts de l’administration Obama resteront vains si Islamabad ne se ressaisit pas.
“L’accord de paix conclu le 16 février entre les autorités et les talibans dans le secteur de la vallée de Swat – un accord qui revient en réalité à céder aux talibans le contrôle de cette vallée, située à 150 kilomètres seulement de la capitale, Islamabad, et à les autoriser à y appliquer la charia – est devenu au Pakistan un sujet explosif. Citoyens et hommes politiques religieux et de droite l’applaudissent parce qu’il instaure la paix dans la vallée, tandis que les Pakistanais de gauche le considèrent comme un recul majeur dans la bataille que mène le pays contre l’extrémisme islamiste, car il fournit un nouveau sanctuaire à Al-Qaida et aux talibans. La vallée de Swat est précieuse pour ces djihadistes, car elle est située hors de portée des drones américains, qui ont éliminé plusieurs de leurs chefs dans les Zones tribales. Mais il est probable que les talibans ne s’en tiendront pas à la vallée de Swat. A partir des Zones tribales, ils ont progressivement étendu leur influence sur une bonne partie de la Province-de-la-Frontière-du Nord-Ouest et assiègent pratiquement sa capitale, Peshawar.”
Certains analystes doutent toutefois que Maulana Sufi Mohammad soit capable d’imposer l’arrêt des combats à son gendre Fazlullah, qui a noué d’étroits contacts avec d’autres taliban pakistanais et Al Qaïda.” 4
* Afghanistan, Pakistan, l’irruption des « néotalibans » Syed Saleem Shahzad, Le Monde Diplomatique, octobre 2008.
* Le Pakistan instaure la charia dans la vallée de la Swat Le Point, 16/02/2009
Fragile transistion démocratique
Le 18 février 2008, les électeurs pakistanais infligèrent un camouflet au régime du président Musharraf en votant majoritairement pour les partis qui, entre deux gouvernances militaires, s’étaient succédés au pouvoir dans les années quatre-vingt dix. En réponse au verdict populaire, le Pakistan Peoples Party, le parti des Bhutto-Zardari, et la Pakistan Muslim Leaguede Nawaz Sharif décidérent de joindre leurs forces avec l’ambition déclarée de rétablir la suprématie du parlement et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais la coalition gouvernementale doit non seulement gérer ses différends mais aussi accommoder l’esprit des réformes aux positions des autres lieux de pouvoir. Pendant ce temps, la population cherche des raisons d’espérer dans un contexte où la violence ne recule pas et où l’économie languit. 5
Rapports et études
* Pakistan : du désordre à la guerre civile ? Laurent Gayer IFRI Février 2009 (pdf)
* La France et le Pakistan www.diplomatie.gouv.fr
* Rapport de la commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan (Sénat)
* Inde-Pakistan, un demi-siècle d’affrontements La Documentation Française
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The battle for Pakistan

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[reportage vidéo de la télévision australienne]
REPORT by Sophie McNeil www.sbs.com.au – Dateline
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TRANSCRIPT
“After the war in Afghanistan, in 2001, it should be remembered that the Taliban were never defeated”
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AHMED RASHID, JOURNALIST AND AUTHOR: The Pakistan army, they went into Bajour and they said, “We will clean this up in two weeks and we’ll be out of there.” That was in August of 2008. It’s now been nearly five months.
Pakistani journalist and author Ahmed Rashid has been analysing developments in this region for more than 30 years.
AHMED RASHID: Now, what you have up in the north is basically conventional forces going up against guerrillas, using conventional high firepower, like artillery and air bombardment. There is very little follow-up on the ground. Now, a good counter-insurgency campaign should include obviously getting the leadership of the Taliban, holding the ground, and then carrying out major development work. We are seeing no strategic plan in the north.
Around 1,500 Pakistani soldiers have already been killed in this war – three times the number of American soldiers who have died fighting the Taliban in Afghanistan.
AHMED RASHID: After the war in Afghanistan, in 2001, it should be remembered that the Taliban were never defeated – they were simply routed by the Americans. Many thousands escaped into Pakistan, including almost the entire Taliban leadership, and they were given sanctuary by the Pakistanis.
It was in these villages, in the north of the country, where the Taliban found that sanctuary – a refuge tolerated by the former military dictator General Musharraf. But when Musharraf was ousted in August 2008, Asif Ali Zardari, the widower of slain political leader Benazir Bhutto, became President of a new civilian government, and with him came a promise of a new direction.
(…)
* The battle for Pakistan (full transcript)
- Cessez-le-feu à Swat où la Charia pourrait être imposée Libre Belgique, 15/02/2009 [back]
- Trente ans d’insurrection islamiste
1979 L’entrée de l’armée soviétique en Afghanistan conduit Washington à considérer le Pakistan comme un “rempart” contre Moscou. Islamabad apporte un soutien actif aux islamistes anticommunistes.
1994 Apparition des talibans, souvent éduqués dans les madrasas du Pakistan. L’armée et les services secrets pakistanais leur apportent un soutien matériel et financier, tandis que des volontaires venus des madrasas partent les rejoindre et combattre.
1996 A Islamabad, le gouvernement de Benazir Bhutto tombe. En Afghanistan, les talibans prennent le contrôle de Kaboul et offrent l’asile à Oussama Ben Laden.
1997 Le gouvernement pakistanais, dirigé par la Ligue musulmane de Nawaz Sharif (PML-N), reconnaît le régime des talibans en Afghanistan.
11 septembre 2001 Le gouvernement américain accuse Oussama Ben Laden et Al-Qaida, son mouvement implanté en Afghanistan, d’être à l’origine des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Le Pakistan devient un allié clé des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme. Cette attitude lui vaut de s’attirer les foudres des islamistes, qui l’accusent d’être à la botte de Washington.
7 octobre 2001 Début des bombardements américains sur Kaboul, Kandahar et Jalalabad.
13 novembre 2001 Les troupes de l’Alliance du Nord, opposées aux talibans, entrent dans Kaboul, abandonnée par les islamistes.
Janvier 2002 Capitulation des talibans en Afghanistan. Les islamistes proches des talibans diffusent leurs messages dans la vallée de Swat, au Pakistan. Le Tehrik-i-Taliban Pakistan (Mouvement des talibans pakistanais, TTP) rassemble tous les mouvements islamistes insurgés de la Province-de-la-Frontière-du-Nord-Ouest et des Zones tribales.
2006 Les attentats suicides se multiplient au printemps dans tout le sud de l’Afghanistan. Début novembre, on dénombre plus 700 civils afghans tués par les talibans dans des attentats à la bombe ou des attaques suicides. Mars 2007 L’OTAN, avec les forces afghanes, lance sa plus grande offensive contre l’insurrection dans le sud du pays. Hausse vertigineuse de la production d’opium.
11 juillet 2007 L’assaut militaire contre la Mosquée rouge à Islamabad, où se sont retranchés plusieurs centaines d’extrémistes, provoque l’appel à la vengeance des talibans et d’Al-Qaida. Plusieurs attentats font plus de 450 morts dans les trois mois qui suivent, notamment dans la vallée de Swat. L’armée pakistanaise est déployée dans la vallée.
25 août 2008 Le Pakistan interdit le TTP.
16 février 2009 Le gouvernement pakistanais signe un accord de paix avec les talibans de la vallée de Swat. La charia est imposée dans la région. [back]
- Mission d’enquête dans la vallée de Swat, la “vallée de la peur” Reporters sans frontières Pakistan2.04.2009 [back]
- Saad Abdullah :
- L’insurrection dans le Swat – Une analyse [I]
- L’insurrection dans le Swat – Une analyse [II]Le Pakistan dans le chaos : l’ombre de la Mosquée Rouge et d’Al Qaeda par Yannick Comenge jeudi 8 novembre 2007 [back]
- La périlleuse transition démocratique au Pakistan Gilles Boquérat [back]









