Wang Shuo : regard d’un romancier sur l’olympisme chinois
“L’écrivain-hooligan”
Wang Shuo
A la suite des évènements de Tien An Men en 1989, Wang Shuo, écrivain chinois connu pour son esprit contestataire et ironique, a publié un roman diffusée en feuilleton dans Zhongshan, journal littéraire de Nanjing.
Dans un livre au style picaresque dont le titre “Qianwen bie ba wo dang ren” peut grossièrement se traduire par “Quoi que vous faites, ne me traitez pas comme un être humain“, il fait le portrait de la Chine de la fin des années quatre-vingt.
Le roman est particulièrement d’actualité par son thème, parce le livre commence par une scène dans laquelle un groupe discute très sérieusement des moyens de se venger de l’humiliation subie pendant les jeux olympiques de Sapporo, au Japon. Le sport y est présenté comme le meilleur moyen de redonner à la Chine la fierté qu’elle a perdue.
Cette volonté de laver les affronts du passé, et d’évacuer la honte des évènements qui firent perdre la face à la Chine, elle s’exprime aujourd’hui dans la fierté légitime d’un peuple qui voit, après des décennies de privations et d’isolement, l’organisation des jeux olympiques comme l’officialisation de l’accès de la Chine au statut de grande puissance.
C’est pourquoi l’ouverture contrôlée de la Chine au monde, et la mise en scène de sa puissance à l’occasion des jeux olympiques qu’elle organise, font de ce grand rendez-vous sportif un enjeu politique majeur.
Les jeux olympiques sont pour la Chine, et pour tout régime autoritaire avant lui, un outil de propagande au service de la promotion de son idéologie, et l’occasion pour lui d’afficher sa puissance. De ce point de vue, la Chine ne déroge pas à la règle.
Et c’est bien de la “naïveté” comme l’admet aujourd’hui le Comité International Olympique, que d’avoir cru un seul instant que l’attribution des jeux olympiques à la Chine entrainerait ipso facto, un assouplissement du régime, et une amélioration du sort des opposants actuellement opprimés pour délit d’opinion, à commencer par les militants des droits de l’Homme.
Le régime chinois, sûr de lui, entend bien montrer au monde qu’il ne souffre aucune ingérence étrangère dans ce qu’il estime être ses affaires intérieures.
Cependant, la mauvaise gestion chinoise de la répression de la contestation tibétaine a porté un tort considérable à un pays qui croyait garder la haute main sur son image.
D’ailleurs, ce n’est pas tant la Chine en tant qu’organisatrice des Jeux Olympiques qui est ressortie affaiblie de cet épisode, mais la Chine en tant que nouvelle grande puissance, qui s’est montrée peu apte à gérer efficacement ce qui était moins un problème de sécurité, qu’une question de gouvernance, dans un contexte de haute tension de l’opinion publique mondiale.
L’organisation des jeux olympiques a été l’occasion pour la Chine d’imposer une marche forcée vers la modernité. Le nec plus ultra de la technologie, et l’extraordinaire créativité déployée pour séduire et impressionner le visiteur, rassureront ceux qui croient pouvoir juger de la modernisation de la Chine par ses seules réalisations matérielles.
Mais pour porter un diagnostic pertinent sur la modernité chinoise, et sérier autant ses forces que ses faiblesses, le théâtre d’ombres ou la littérature qui plonge dans les racines profondes de l’identité chinoise, témoignent plus sûrement de l’évolution des mentalités, et des batailles livrées par les consciences encore prisonnières du passé, que la hauteur des gratte-ciels nous en apprendra jamais sur le rêve de grandeur de la Chine dont la jeunesse a l’ambition de faire un jour, la première puissance du monde.
Pour y parvenir, la Chine devra construire, inventer, produire, développer, toujours et encore. Elle devra consolider cette formidable croissance économique qui reste néanmoins fragile, et répondre aux frustrations qui s’aiguisent en raison notamment des inégalités qui se creusent entre les villes, véritables laboratoires de la modernité du XXIème siècle, et les campagnes qui restent pauvres.
La Chine a aussi ses propres démons. Ils encombrent sa mémoire de querelles anciennes jamais vidées. C’est tout l’art de Wang Shuo de nous les faire rencontrer par le truchement de la fiction sans trahir leur mystère.
En cette période de célébration officielle de l’olympisme “naïf” 1, où la Chine savoure son triomphe sur les défenseurs des droits de l’homme, lâchés par des politiques intimidés par la capacité de rétorsion d’un pays économiquement incontournable, quoi de plus stimulant que la littérature effrontée d’un “romancier-hooligan” qui demandait dès la fin des années 80 “qu’est-ce qu’être chinois”, en dynamitant le discours officiel ? 6
Littérature chinoise : “le phénomène Wang Shuo”
“Wang Shuo, né en 1958, s’impose sur la scène littéraire vers le milieu des années 1980 avec la parution d’une série de nouvelles et de romans provocateurs et désinvoltes qui parlent de la vie des gens ordinaires, notamment de la jeunesse urbaine, dans une langue vivante inspirée par le dialecte de Pékin, avec une verve corrosive et subversive. L’année 1988 amène un succès, bientôt qualifié de « fièvre de Wang Shuo », «année Wang Shuo » ou « phénomène Wang Shuo ». C’est en effet l’année où l’auteur, admis dans l’Association des écrivains, refuse d’être rémunéré comme d’autres écrivains professionnels (excepté Ba Jin), préférant vivre de sa plume en créant des sociétés médiatiques ou audiovisuelles. Huit de ses œuvres ont été portées à l’écran, avant qu’il ne collabore lui-même à l’adaptation en feuilletons télévisés”.
Écrire l’hétérogène – Maqiao cidian et le roman chinois des années 1990 (pdf) par Zhang Yinde, Études chinoises, vol. XXI, n° 1-2, printemps-automne 2002 2)
- sur les écrivains chinois des années 70 : Littérature des cicatrices
_____________
Pizi wenxue
Wang Shuo’s work has been described as ‘pizi wenxue’ – punk/hoodlum/hooligan literature.
Please Don’t Call Me Human is a raucous, surreal satire on what it means to be Chinese at the moment, as revolutionary Communist rhetoric joins forces with materialist capitalism. 3
“For anyone tired of hearing about China’s fabled 5,000 years of history, Wang Shuo’s new novel is the purest of diabolical pleasures. (…) Ignore the lapses in narrative consistency and the difficulty of translating the stomach-knotting hilarity of Mr. Wang’s puns and scathing misappropriations of classical and communist lingo. Read this book to the climactic end just to savor what may be the most delicious parody ever of China’s often self-destructive pride.” 4
– Yu Wong, Wall Street Journal
In Wang Shuo’s No Man’s Land by Lydia Wallace, August 4, 2008, DANWEY www.danwei.org
Wang Shuo wrote a novel called ‘The Apotheosis of the Liumang’ : With the subject matter concerning a “competition to prove national strength and restore wounded pride”, the piece has particular relevance in the year of the Beijing Olympic Games.
Geremie R. Barmé “In the Red, on contemporary Chinese culture”
Transnational China Project Sponsored Commentary :”Issues in Contemporary Chinese Literature” 5
China: Wang Shuo’s Informer Letter Against Corruption of Censorship Department a small portrait of this author June 15th, 2007 BY Oiwan Lam
- Jacques Rogge, président du Comité Olympique International, a reconnu avoir peut-être été naïf à propos de la promesse chinoise de permettre un accès libre à internet pendant les jeux olympique. «Nous avons fait preuve d’idéalisme» en pensant que l’accès illimité à internet serait possible. «Alors, bien sûr, quand on est idéaliste, on peut être naïf», a déclaré Jacques Rogge.
Internet en Chine: le CIO a été «naïf» 2 août 2008 Swissinfo.chInterview d’Henri Sérandour, président du Comité olympique français réalisée par Ensemble contre la peine de mort, Amnesty International et Reporters sans Frontières, le 6 mars 2008 [back]
- Zhang Yinde est Maître de conférences à l’UFR de littérature générale et comparée, Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III [back]
- Boxing clever – Nicholas Lezard enjoys Wang Shuo’s raucous Chinese satire, Please Don’t Call Me Human Nicholas Lezard August 19, 2000
Guardian [back] - Please Don’t Call Me Human by Wang Shuo Book review by Literary Saloon [back]
- Informal Roundtable Discussion by Three Authors: Wang Meng, Liu Sola, Zha Jianying Baker Institute, Rice University, March 10, 1998 -Translation by Marshall McArthur [back]
- [Wang Shuo] “Entre sus novelas destaca Qian wan bie ba wo dang ren (Haz el favor de no llamarme humano), publicada por entregas en una revista a los pocos meses de la matanza de Tiananmen. Aunque no hay en ella apenas referencias directas a los tanques (pero si algunos personajes que acaban curiosamente engullidos bajo sus ruedas dentadas), el libro destaca por la ferocidad con que retrata la manipulación de masas y el patrioterismo de la China actual. La sátira arranca cuando una especie de ONG autonominada “Comité de Movilización Nacional” decide fabricar de la nada un superluchador de artes marciales que restituya el orgullo nacional chino herido en los juegos olímpicos de Corea. Después de mucho buscar, descubren que un conductor de bici-taxi es el último descendiente de un linaje de luchadores de la “Secta del Sueño Revelado” de la época de la Guerra de los Boxers. Los miembros del comité le someten a un intenso proceso de reeducación aderezado con las nuevas técnicas de márketing de la China del “socialismo de mercado”. Este delirante proceso pasa al final por el cambio de sexo y la iniciación a las maneras modélicas de las nuevas universitarias chinas, tan obedientes al partido como a los dictados de la moda. El resultado es un engendro que está a medio camino entre los nuevos famosos mediáticos y los viejos héroes anónimos como los que proponían las campañas maoístas tipo “aprended del soldado Lei Feng.””
literatura xinesa contemporània : Tendències contemporànies: neorrealisme, postmodernitat i transgressió (Manel Ollé) [back]









