Home » Medias

Obama, victime de son nombre

mercredi 16 septembre 2009 No Comment

En France, “Le problème, c’est quand il y en a beaucoup”… Par chance, le président des Etats-Unis n’est pas d’origine arabe.

Le premier président noir des Etats-Unis ne risque donc pas de prendre ombrage de l’auvergnate gauloiserie de Brice Hortefeux dont la saillie “humaniste” capturée sur le vif lors de l’université d’été de l’UMP a récemment défrayé la chronique.

Bien évidemment, dans la patrie des droits de l’Homme, un tel dérapage incontrôlé, dû à un excès de “décontraction”, ne peut être qu’une plaisanterie.

Aux Etats-Unis en revanche, la violence des critiques dont fait l’objet le président Obama, alors qu’il bataille pour faire adopter sa réforme de santé, est un sujet d’inquiétude pour ses partisans.

A l’occasion du combat politique qui s’aiguise, la violence des attaques envers le président renvoie de façon plus ou moins codée au passé des tensions raciales en Amérique, ce que certains observateurs avertis de la vie politique américaine jugent inquiétant. Ce faisant, c’est le mythe d’une Amérique post-raciale qui s’effrite, en même temps que l’Obamania, aujourd’hui confrontée au principe de réalité.

L’ancien président Jimmy Carter a déclaré à propos des critiques auxquelles doit faire face le président Obama qui tente de faire adopter son plan de couverture sociale généralisé :

“Je pense qu’une part écrasante de l’intense animosité qui s’est exprimée envers le président Barack Obama tient au fait qu’il est noir, qu’il est afro-américain”, a déclaré M. Carter, 84 ans, dans une interview diffusée mardi sur la chaîne NBC.

“Je vis dans le Sud” des Etats-Unis, (dont l’histoire a été marquée par l’esclavage et une discrimination raciale longtemps institutionnalisée), “et j’ai vu le Sud faire beaucoup de chemin”, a poursuivi M. Carter, qui vit en Géorgie (sud-est). “Mais cette tendance raciste existe toujours, et je pense qu’elle est remontée à la surface en raison d’un sentiment partagé par beaucoup de Blancs, pas seulement dans le Sud mais dans l’ensemble du pays, pour qui les Afro-américains ne sont pas qualifiés pour diriger ce grand pays.” “C’est quelque chose d’abominable, qui me chagrine et me préoccupe profondément”.

Obama victime de racisme, selon Carter Le Figaro, 16/09/2009

_____________________

Le racisme n’explique pas tout

1- L’opposition américaine à la réforme de santé se nourrit historiquement d’une défiance de nombre d’Américains envers l’Etat :

When Obama went on to get elected, the most common question I had was whether things would get all better because of Obama. Yes, it was a hopeful gesture. But the economy crashed. He’s had a very difficult first couple of months in office. He’s in real trouble with his health-care policy, all of which points to the fact that there are very, very large forces at work here that swamp individual charisma and great political skill. Since the mid-1970s, American confidence in government plummeted fast, stayed down and has not been reversed.

Why We Hate Us Time, By Dan Fletcher Wednesday, Sep. 16, 2009

2- L’omniprésence des médias dans la vie politique et des nouvelles technologies d’information ont brouillé la frontière entre le discours officieux (Off the record) et le discours officiel.

* Social Media Obscures Line Between “on the record” and “off the record” Sep 18th, 2009 By Huma Rashid – Social Media Law Student blog

Une évolution qui frappe tout le personnel politique sans distinction de race. Ainsi, Barack Obama a récemment tenu des propos qu’on n’attend pas dans la bouche d’un président. Parlant “hors micro” ou croyant l’être, il a commenté un incident lors de la remise des prix aux Video Music Awards, traitant l’artiste Kanye West de “jackass.”

Le journaliste d’ABC News Terry Moran, s’empressa de publier sur Twitter le message suivant :

“Pres. Obama just called Kanye West a ‘jackass’ for his outburst at VMAs when Taylor Swift won. Now THAT’S presidential.”

Le “tweet” a été rapidement effacé, et ABC a présenté ses excuses pour la conduite du journaliste, mais la remarque présidentielle a fait le tour du monde sur Internet grâce au réseau social Twitter.

La presse française a rapporté que Nicolas Sarkozy aurait reproché à son ministre Brice Hortefeux d’avoir été trop dans une tenue trop décontractée lors de l’université d’été de l’UMP où il a été filmé en tenant des propos jugés “racistes” par certains.

Ce dernier s’en est défendu, dénonçant une manipulation médiatique, et refusant dans un premier temps de présenter des excuses, avant finalement de s ‘y résoudre compte tenu de l’importance du tollé provoqué que l’opposition n’a pas manqué d’exploiter politiquement.

Réseaux sociaux et Génération Y : vers un nouveau paradigme de la présence numérique

On peut tirer deux enseignements de ces deux affaires médiatico-politiques récentes :

- d’une part, protester, au nom de ses convictions morales, de sa bonne foi pour nier l’incident, alors que le réseau le diffuse au contraire de façon démultipliée pour en faire connaître le “scandale”, c’est nier l’évidence, et se placer dans une situation inextricable qui exige tôt ou tard une mise au point, et donc en l’occurrence, des excuses.

A l’évidence, le ou la responsable politique à l’ère de l’information en temps réel et de la diffusion personnelle d’information à l’échelle mondiale, n’est plus en mesure de distinguer, ni d’imposer, une ligne de séparation nette entre sa vie publique et sa vie privée.

Cette nouvelle pression médiatique des réseaux sociaux pourrait inciter les responsables politiques à adopter la langue de bois de façon généralisée, et à pratiquer une auto-censure renforcée en toute circonstance.

Prenant acte que leurs propos sont désormais toujours susceptibles d’être rapportés par des moyens de diffusion de plus en plus intrusifs, ils tireraient ainsi eux-mêmes la conséquence logique de l’impossibilité de s’exprimer “off the record”.

- d’une part, le rapport qu’entretient la génération Y avec la transparence qu’exige l’exposition sur les réseaux sociaux pourrait entraîner :

a) une banalisation de la “pipolisation” des responsables politiques, les nouvelles pratiques d’affichage personnel et d’auto-promotion qu’exigent l’utilisation efficace des réseaux sociaux devenant indissociables de leur stratégie de communication;

b) l’apparition d’une nouvelle norme sociale en matière de “présence numérique”, la génération Y estimant souvent que les craintes exprimées par les générations précédentes concernant l’étalage de la vie privée des jeunes sur les réseaux sociaux ne sont pas fondées.

En effet, si protéger sa vie privée fait sens, prétendre exister au yeux de son cercle de sociabilité sans apparaître n’en a aucun. Le dévoilement de soi sur les réseaux sociaux n’est pas perçu par la génération Y comme la perte d’une protection qui dévoile ce qui doit rester caché, mais comme l’affirmation d’une présence dont la normalité s’éprouve au contraire dans la volonté d’exister au yeux d’autrui.

Avec la génération Y, on passe ainsi de l’ère de dissimulation de soi au regard d’autrui au nom des convenances à la monstration de l’individualité qui demande et recherche en permanence à capter l’attention, et à élargir le cercle des sociabilités réelles ou virtuelles.

Les affaires récentes concernant tant Brice Hortefeux que Barack Obama rappelées ci-dessus démontrent que le paradigme de la présence personnelle à l’ère de la communication de masse a changé.

A l’ère de la personnalisation de l’expression de masse, l’abolissement de la séparation nette entre vie privée et vie publique augmente la liberté de celui qui s’exprime, et aussi, les risques de dérapages.

Le corollaire qui en résulte est une responsabilité accrue de ceux qui sont en position d’influencer le message. Qu’il s’agisse du politique qui en est l’auteur, ou du journaliste qui le diffuse.

Le lieu d’où l’on parle, ni même les circonstances, ne suffisent plus pour garantir un espace privatif où la parole serait donnée “hors micro”.

La féroce concurrence des médias dans la production de l’information autorise-t-elle encore les cas de conscience, quand il s’agit avant tout, de faire de l’audience ? Se priver d’un scoop au nom de l’éthique, n’est-ce pas abandonner l’avantage qu’on possède à la concurrence ? La logique marchande de la diffusion de l’information implique-t-elle nécessairement la victoire du moins-disant éthique ? Peut-on tout rapporter, sous prétexte qu’on en a eu connaissance ? Ou finit l’information, et où commence la censure ?

Le choc de la mutation technologique qui révolutionne les techniques de production de l’information et ses modes de consommation est l’occasion d’une réflexion approfondie sur l’éthique des pratiques journalistiques dont on voit bien aujourd’hui qu’elles ne sont pas suffisamment assurées pour tracer une frontière claire entre les valeurs qui définiront l’espace de liberté du journalisme de demain, et les contraintes irréductibles, notamment économiques, qui permettront d’assurer la pérennité économique de la presse, sans altérer son indépendance vis à vis du marché et du pouvoir.



Comments are closed.