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Faut-il boycotter Ie Salon du Livre dont l’invité d’honneur est Israel ?

samedi 08 mars 2008 Aucun Commentaire  n 23473

Trente-neuf écrivains israéliens sont invités d’honneur au Salon du Livre

Immeuble du Hamas à Gaza détruit par un missile israélien
Khalil Hamra / AP

Pour son édition 2008, le Salon du Livre de Paris a choisi Israel pour invité d’honneur. 1.

A cette occasion, sont invités 39 auteurs de fiction (roman, poésie, bande dessinée et littérature jeunesse), privilégiant les écrivains de langue hébraïque traduits et publiés en français et qui vivent en Israël, et parmi lesquels on compte notamment Amos Oz et David Grossman, fondateurs du mouvement “La paix maintenant”.

Cette invitation a coïncide avec le 60e anniversaire de la création de l’Etat hébreu, en mai 1948, alors que de leur côté, les Palestiniens commémoreront la “Nakba” (catastrophe) que fut pour eux l’émergence d’Israël sur trois quarts des territoires de la Palestine historique avant l’occupation du reste, la Cisjordanie et la bande de Gaza, en 1967.

“Le 13, l’inauguration aura lieu en présence du président Nicolas Sarkozy et de son homologue israélien ­Shimon Pérès. Les organisateurs du Salon insistent sur le carac­tère « totalement déconnecté du soixantième anniversaire de la création de l’État hébreu. Nous avons même proposé, fin 2007, d’organiser, avec l’aide de l’Institut du monde arabe (IMA) désormais dirigé par Dominique ­Baudis, un Salon du livre arabe qui aurait eu lieu aux mêmes dates que le Salon du livre de Paris». 2

L’APPEL AU BOYCOTT

Le président de l’Union des écrivains palestiniens Al-Moutawakel Taha a vivement dénoncé lundi 25 février la présence d’Israël comme “invité d’honneur” au Salon du livre de Paris qui se tient du 14 au 19 mars. 3

Nous nous sommes adressés aux maisons d’édition palestiniennes et arabes pour leur demander de boycotter ce Salon“, a-t-il déclaré. “Il n’est pas digne de la France, le pays de la Révolution et des droits de l’Homme d’accueillir dans son Salon du livre un pays d’occupation raciste“. Inviter Israël au Salon revient pour lui “à légitimer tous ses agissements fascistes (…) La France ne doit pas réserver un tel honneur à Israël“.

Lancé depuis Rabat par l’Organisation panislamique des sciences et de la culture (ISESCO) et relayé par l’Union des écrivains palestiniens 4, l’appel au boycott semble avoir reçu un écho certain. Le ministère de la Culture libanais a indiqué qu’il “[s’abstiendra] cette année de participer pour protester contre la décision des organisateurs de nommer Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60ème anniversaire de sa création”. 5

Le Liban, l’Iran, le Yémen ou encore l’Arabie Saoudite ont annoncé qu’ils ne participeraient pas au Salon du Livre de Paris, du 14 au 18 mars prochain. Ils protestent contre le titre d’invité d’honneur accordé à Israël 6.

“De nombreux auteurs et éditeurs arabes, mais aussi des intellectuels européens, ont décidé de ne pas participer à ces deux manifestations et appellent au boycott pour dénoncer la politique menée par Israël en Palestine. Maisons d’édition et organisations d’écrivains du Maroc, d’Algérie, d’Egypte, de Tunisie, du Yemen, d’Arabie saoudite, d’Iran, de Jordanie, du Liban et de Palestine entre autres, souhaitent ainsi exprimer leur solidarité avec les populations civiles palestiniennes de la Bande de Gaza actuellement transformée en véritable prison à ciel ouvert par Israël.

En Algérie, le Syndicat National des Éditeurs de Livres (SNEL) a officiellement indiqué qu’il ne sera pas présent au Salon du Livre de Paris. Au Maroc, la décision de boycotter la rencontre a été proposée directement par Touria Jabrane Kraytif, actuelle ministre de la Culture. Les organisations professionnelles regroupant les éditeurs tunisiens viennent également de prendre position en faveur du boycott. Le stand collectif numéro W74, prévu à la porte de Versailles pour regrouper la production littéraire de ces trois pays francophones du Maghreb, risque donc de se retrouver bien vide.”

Salon du Livre 2008 – Les appels au boycott du Salon du Livre de Paris dédié à Israël se multiplient

DES REACTIONS DIVERSES

L’appel a boycott a trouvé un écho certain auprès des écrivains arabes. 7

On retrouve ici la fracture classique entre les idéologues et les pragmatiques. Entre ceux qui pensent que leur absence au Salon du Livre est un acte politique de solidarité avec le peuple Palestinien qui les engage, tandis que ceux qui placent l’art au dessus de la politique, considèrent à l’inverse que la culture est d’abord affaire de dialogue. Ces derniers, estiment qu’il faut préserver les espaces de rencontre tel que le Salon, car ils offrent une occasion précieuse de faire circuler les idées.

Pour certains, la présence au Salon est une façon de poursuivre la guerre par d’autres moyens. Ainsi, Charif Majdalani dans L’Orient-Le Jour écrit que les pays arabes n’ont “toujours pas compris qu’Israël se nourrit largement de nos démissions et de notre inexistence culturelle sur la scène internationale“. (’source : Le Monde)

D’autres au contraire, voudraient tenir le conflit du Proche-Orient à l’écart du Salon dont la vocation est culturelle, et non politique.

Ainsi, la ministre française de la Culture Christine Albanel a rappelé dans un communiqué que le Salon du Livre est un lieu de rencontres et de débats libres, propice au dialogue le plus ouvert entre les cultures. 8

Les organisateurs du Salon auront beau insister sur le fait que le Salon du Livre est « totalement déconnecté,” du soixantième anniversaire de la création de l’État hébreu, il est clair que la concomitance des deux évènements a nécessairement une portée politique indéniable. L’arrivée lundi de Shimon Péres en France, suffit à se persuader de l’importance que la France entend donner à cette visite.

Au moment où Gaza vit sans doute la pire situation humanitaire de son histoire, célébrer avec faste la naissance d’un Etat dont la coexistence avec ses voisins est un des pôles de tension majeur pour tout le Proche-Orient ne peut manquer de provoquer de vives réactions. Imaginer le contraire, ou mieux, prétendre s’en étonner, n’est tout simplement pas crédible.

On voudrait nous persuader que le Salon du Livre est un moment privilégié qui protège la culture des vicissitudes du monde extérieur, mais à l’évidence, tout y ramène, précisément parce que la littérature, c’est d’abord un rapport au monde.

En l’espace de quelques semaines, le conflit Israelo-Palestinien est devenu l’invité d’honneur du Salon, et compte tenu des antagonismes viscéraux qui sont à l’oeuvre, nul ne peut vraiment s’en étonner, sauf pour constater qu’aujourd’hui encore, même la culture semble incapable de paver le chemin de la paix.

Si la culture ne nous sauve pas des passions destructrices, elle permet cependant d’imaginer d’autres possibles qui n’existent d’abord que dans l’imaginaire de ceux qui les font vivre, puis qui se propagent dans l’esprit de ceux qui les lisent.

Ainsi, ce qu’on retient de cet appel au boycott du Salon du livre, c’est moins la position tranchée de tel auteur interpellé dans ses convictions, que la diversité des réponses des auteurs sollicités sommés de prendre position pour ou contre. Sans doute parce que ce sont des intellectuels qui s’expriment, la nuance dans le parti pris parvient-elle à se ménager un espace d’autonomie par rapport au rapport binaire ami/ennemi, nécessairement réducteur de l’Autre. Comme si par le biais de la culture, ceux que tout sépare, parvenaient néanmoins à garder une lucidité qui les préserve de la barbarie des temps de guerre.

Si le Salon du Livre ne peut être un moment de paix, il peut être celui d’une trêve de l’esprit.

Un écrivain marocain

“Il faut bien distinguer les choses : la politique d’un Etat n’est pas assimilable à la production littéraire des écrivains de cet Etat. Je suis parmi ceux qui critiquent le plus durement la politique israélienne d’occupation et je ne confonds pas M. Olmert avec M. Oz, M. Grossman ou M. Gutfreund. Je peux aussi ne pas aimer tel ou tel ouvrage. Cela n’a rien à voir avec le pays d’origine de celui qui l’a écrit.

Boycotter le salon du livre de Turin n’a pas de sens. Un peu partout dans le monde des écrivains israéliens rencontrent des écrivains arabes et palestiniens. Leur dialogue n’est pas celui de leurs Etats. Ils discutent, peuvent même se disputer mais le boycotte est un aveu de faiblesse, une façon de généraliser le fanatisme et même de donner à l’Etat d’Israël des arguments pour se présenter non pas comme occupant des territoires palestiniens, mais comme victime.”

Boycotte du salon du livre de Turin : une campagne stupide le 02-02-2008 Les écrivains israéliens ne sont pas l’Etat israélien par Tahar Ben Jelloun

Un poète Israelien

Le poète israélien Aaron Shabtaï qui affirme qu’il boycottera à titre personnel “tant la Foire du livre de Turin (8 au 12 mars 2008) que le Salon du livre de Paris en ne se joignant pas à la délégation de son pays.” ? Il précise qu’il “ne pense pas qu’un État qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel ; c’est un acte barbare cyniquement camouflé en culture. Cela manifeste un soutien à Israël, et peut-être aussi à la France, qui appuie l’occupation. Et je ne veux pas, moi, y participer.9

Un écrivaine Algérienne

Je viendrai au Salon, non pas comme citoyenne algérienne, mais comme écrivain“, a expliqué au Monde Maïssa Bey, jointe par téléphone. (…) “Si tous les auteurs israéliens représentaient la ligne du gouvernement, sans doute ce boycottage aurait été justifié. Or ce n’est pas le cas. Nombre d’entre eux ne sont pas d’accord avec la politique menée par Israël ; il faut donc lesécouter. Ce sont des écrivains, il faut les prendre ainsi. Je regrette que l’on confonde écrivain et citoyen” [source : Le Monde]

Un écrivain égyptien

L’écrivain égyptien Alaa al-Aswani, auteur du désormais célèbre roman L’Immeuble Yacoubian, déclare quant à lui qu’il viendra au Salon du Livre pour présenter son dernier roman, Chicago (éditions Actes Sud), mais il pense comme la plupart de ses confrères que la France ne s’honore pas en mettant à l’honneur “un pays coupable de crimes contre l’humanité“. Sur le stand de son éditeur, il entend bien distribuer “des photos d’enfants palestiniens ou libanais victimes de la politique israélienne”. 10

Tollé en Egypte contre l’invitation d’Israël au salon du livre à Paris Egypte – 22-02-2008 AFP / Une quinzaine de syndicats égyptiens, des écrivains aux médecins, se sont ligués jeudi contre le choix d’Israël comme “invité d’honneur” au Salon du livre de Paris, à la mi-mars.

Une romancière libanaise

Hoda Barakat n’ira pas au Salon du livre. “Qu’Israël célèbre l’anniversaire de sa création, je m’en fiche. Mais le Salon du livre n’est pas le lieu pour ça, explique-t-elle. Je déplore, comme mes amis juifs, la politique menée par le gouvernement israélien, qui les expose une nouvelle fois à la haine

Un historien Israelien

L’historien israélien Ilan Pappe a annoncé qu’il ne viendra pas à Paris. Il se sent “dans l’impossibilité morale de prendre part à un Salon dont le thème principal est le soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël”.

Un arabe israelien

« Le boycotte est très bien. Pourvu qu’il y ait encore plus de boycottes de l’entité sioniste. En fait, je pense qu’on devrait enfermer tous les écrivains israéliens dans un hôtel, les mettre sous couvre-feu, boucler leurs œuvres… Mettez-les dans la pire aile de l’hôtel le plus miteux de Paris, empêchez-les de sortir de leur chambre. Et puis, coupez-leur l’électricité. Comme ça, ils auront une petite idée de ce qui se passe à Gaza » 11

My French boycott By Sayed Kashua

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Lecture et mémoire de l’Holocauste des Juifs

On a déjà eu l’occasion de dire tout le mal que l’on pense que l’initiative présidentielle qui prétend imposer le deuil obligatoire des enfants comme pédagogie de la sensibilisation à l’Holocauste de Juifs. Mais puisque le Salon du Livre est l’occasion de faire la promotion de ceux qu’on a aimé lire, signalons “les Carnets de Lieneke” dont la lecture, en classe ou ailleurs, nous semble particulièrement recommandée.

Lieneke avait six ans quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté en Hollande. Cette fillette juive a dû se cacher, changer d’identité et être séparée de sa famille pour survivre. Afin de rassurer sa petite Lieneke, son papa lui a envoyé neuf ravissants carnets illustrés et calligraphiés. Ils auraient dû être détruits mais ont été miraculeusement conservés : les voici réunis dans leur présentation d’origine.

Les Carnets de Lieneke par Jacob Van Der Hoeden


  1. Le Salon du livre de Turin a également choisi Israel comme invité d’honneur : Le Salon du livre de Turin défie les Arabes Mohamed Salmawy Al Ahram 4 mars 2008 [back]
  2. Le Salon du livre dans la tourmente Le Figaro, Olivier Delcroix 29/02/2008 [back]
  3. Le Salon du livre dans la tourmente Olivier Delcroix 29/02/2008 Le Figaro [back]
  4. L’Union des écrivains palestiniens appelle au boycott NOUVELOBS.COM 25.02.2008 [back]
  5. Appel au boycott en provenance du monde arabe 6 mars 2008 Par Tahar Hani /France24
    Les appels au boycott du Salon du livre se multiplient [back]
  6. Le Salon du Livre boycotté par plusieurs pays arabes [back]
  7. Les écrivains arabes choqués et divisés Le Monde, 06.03.08
    www.arabwriters.org site Internet de l’Union des écrivains arabes
    “Les écrivains arabes apposent leurs marques à Arich” Dina Kabil, article paru dans l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram Hebdo du 6 juin 2007 [back]
  8. Christine Albanel : “le Salon du Livre est un lieu de rencontres et de débats libres” dimanche 2 mars 2008 [back]
  9. Boycott du Salon du livre de Paris 2008 par François Xavier

    Le poëte Aaron Shabtaï ainsi que l’écrivain Benny Ziffer responsable des pages littéraires du Haaretz ont en autres personnalités israeliennes appelé au boycott du salon du livre de Paris. [back]

  10. Les appels au boycott du Salon du Livre de Paris dédié à Israël se multiplient. www.republique-des-lettres.fr [back]
  11. « Boycotter un ensemble d’écrivains, cela a-t-il du sens? » (Tahar Ben Jelloun) [back]
Catégorie : Culture, Moyen-Orient

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