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Socialisme nouveau beta 0.1

mardi 22 avril 2008 No Comment

La Commission de la Rénovation du parti socialiste vient d’élaborer un projet de « déclaration de principes » pour 2008, la cinquième du genre. 1

Elle est la première du XXIème siècle, et fait suite à :

- la première déclaration de principes en 1905, au moment de la création de la SFIO :

Article 1 - Le parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution.

- la seconde déclaration en 1945, par Léon Blum, après l’Occupation :

” (…) Le Parti socialiste est un parti essentiellement révolutionnaire : il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d’un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d’échange deviendront la propriété de la collectivité et où, par conséquent, les classes seront abolies (…)”.

Après la Libération, la rédaction d’une nouvelle déclaration est confiée à Léon Blum, qui tente une synthèse entre fidélité au marxisme et idéalisme. Sa copie est refusée au congrès d’août 1945. Blum doit se résigner à conserver le terme de “lutte de classes” qu’il a tenté d’effacer. Subsiste, en revanche, son idée d’un parti “essentiellement démocratique“, garantissant les “droits de la personne humaine” et la “liberté de la cité“. 2

- la troisième déclaration en 1969, lors des discussions entre la SFIO et la Convention des institutions républicaines (CIR), en vue de la création du Parti socialiste à Épinay :

Parce qu’ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu’il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que le Parti socialiste est un Parti révolutionnaire.
Le socialisme se fixe pour objectif le bien commun et non le profit privé. La socialisation progressive des moyens d’investissement, de production et d’échange en constitue la base indispensable. La démocratie économique est en effet le caractère distinctif du socialisme.

- la quatrième déclaration (1990) préparée en vue du congrès de Rennes. 3

Article 2 -- Le Parti socialiste est un parti de transformation sociale. La faillite des sociétés bureaucratiques ne lui fait pas oublier que le capitalisme développe les inégalités, accentue les déséquilibres mondiaux, exploite les richesses du Tiers-Monde et maintient dans de nombreux pays chômage et exclusions. Le Parti socialiste est donc favorable à une société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général.

“Aller à l’idéal et comprendre le réel”

La déclaration de 2008 que certains décrivent comme la “carte d’identité” du Parti Socialiste 4, érige en principe la notion d’économie sociale et écologique du marché, affirme l’équivalence entre dignité humaine et sauvegarde de la planète, et soutient un modèle de société conciliant développement économique, impératif écologique et protection sociale.

(…) Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l’action, un avenir pour l’humanité. Sa nature est “d’aller à l’idéal et de comprendre le réel “, d’inventer le futur et de travailler dans le présent, d’assumer les tensions et les contradictions qui en résultent et font la vie humaine. (…)

«Aller à l’idéal et comprendre le réel», formule empruntée à Jean Jaurès, concilier théorie et pratique, et dépasser les contradictions de la société actuelle pour la réformer “façon radicale” par la voie démocratique, voilà qui esquisse les contours d’un socle commun de principes à haute valeur symbolique censé préparer la rénovation idéologique du Parti Socialiste.

Mais à l’évidence, le propos n’est pas ici de tirer des conclusions pour l’avenir du parti de la défaite de la candidate socialiste à l’élection présidentielle, ni même de prendre la mesure des ravages opérés au sein du parti socialiste par la politique d’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy, qui sont pourtant considérables.

Il s’agit au contraire, de ménager les différentes susceptibilités du parti socialiste dont les membres semblent moins préoccupés par l’abandon dans la déclaration de principe de toute référence à “la lutte des classes“, que par celle qui s’est engagée pour la conquête de la présidence du parti socialiste.

La liste des prétendants s’allonge au fil des semaines, et des sondages récents réalisés après un an de présidence de Nicolas Sarkozy, montrent, qu’en dépit de leurs derniers succès électoraux, les socialistes ne sont pas considérés comme une force politique dont le programme propose une alternative crédible à la politique gouvernementale.

La “déclaration de principes” de 2008 pave-t-elle le chemin d’une véritable mutation idéologique, ou bien est-elle un morceau de bravoure de la langue de bois socialiste à l’usage de ceux qui affutent leurs armes pour le prochain congrès ? 5

“En 1990, le PS mettait «le réformisme au service des espérances révolutionnaires». Aujourd’hui, l’horizon a changé : le PS se présente nettement comme «un parti réformiste» : «Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas

Même évolution à l’égard du marché : en 1990, le PS expliquait ne pas «méconnaître les règles du marché» mais «agir pour le dépassement» du capitalisme. Cette fois, tout en maintenant une critique du capitalisme, notamment financier, les socialistes s’affirment clairement «partisans d’une économie so­ciale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux».” 6

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Reformist party for “radical change”

Un jeune futur Premier ministre a dit : “entre le plan et le marché, il y a le socialisme“…

«Workers, expensiveness and NEP don’t scare us»
Majakovskij V. V., Rodchenko A. M., 1923

ARTICLE 6 – (…) Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale. (…)

Dans la “déclaration de principes” de 2008, “l’économie sociale de marché” semble reprendre à son compte la distinction Jospienne entre “économie de marché et société de marché“. Mais à l’heure de la mondialisation, en quoi l’économie sociale de marché est-elle distincte de l’ambition social-démocrate de réguler les forces du marché par la puissance publique, afin de favoriser le développement économique dans une société adepte d’un capitalisme “à visage humain” ?

Si ce glissement sémantique marque le passage à un projet social-démocrate, pourquoi le passer sous silence dans un document dont l’objet est de mettre les mutations idéologiques du parti en perspective, la solemnité de la déclaration, et la rareté du procédé, en soulignant l’importance ?

Social libéralisme (accommodation du socialisme à l’économie de marché) ou socialisme libéral ?

Le forum 2 “les socialistes et le marché” : Rapport pour la Commission « Les socialistes et le marché » Texte présenté par la commission 2 – 15 décembre 2008 (document en pdf)

Le forum de la rénovation “Les socialistes et le marché” en vidéo

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Revamped

«Value, protect the nature!»
Ivanov K. K., 1977

Article. 3 - Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans compromettre l’avenir des générations nouvelles. Les finalités du socialisme démocratique, l’émancipation humaine, portent pleinement la volonté de préserver notre planète aujourd’hui menacée, de protéger et de renouveler les ressources naturelles, de promouvoir la qualité de l’environnement. Cette nécessité demande des réponses qui ne privilégient pas la rentabilité immédiate, concilient les intérêts particuliers et l’intérêt général, le développement et l’écosystème. Conscients de l’étroite interaction des activités humaines et des écosystèmes, les socialistes inscrivent la prise en compte de la planète au même rang de leurs finalités fondamentales que la promotion du progrès des sociétés humaines et la satisfaction équitable de leurs besoins.

« Quels modèles de croissance et de redistribution juste et durable aujourd’hui ? »


  1. Les précédentes déclarations de principes du PS Le Monde, 21.04.08 [back]
  2. De la “lutte des classes” au “rassemblement” Le Monde 21.04.08 [back]
  3. Déclaration de principe de 1990 :
    Le Parti se définissait désormais comme « un parti de transformation sociale ». Il revendiquait une « société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général ». L’idée d’un « dépassement » de la propriété capitaliste était présente, mais la condition de possibilité résidait dans « une véritable citoyenneté dans l’entreprise ». Le Parti socialiste ne se voulait plus également un parti de « lutte de classes » mais l’expression privilégiée des « salariés ». La continuité l’emportait en revanche sur l’attachement aux libertés et au principe d’égalité. [back]
  4. La déclaration de principes est la carte d’identité du Parti socialiste actus.parti-socialiste.fr [back]
  5. Parti socialiste: une «déclaration de principes» pour le principe [back]
  6. Le PS renonce à ses «espérances révolutionnaires» Le Figaro 21/04/2008 [back]


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