Sexe et technologie
Jouets pour adultes
En 2007, le législateur discuta un projet de loi visant à réglementer, dans le cadre de la protection de l’enfance, l’installation de sex-shops.
Selon le sociologue Baptiste Coulmont, auteur d’un ouvrage sur l’histoire française des sex-shops, la société française entretient un rapport déjà ancien avec ces lieux particuliers.
“Ce qui est important de comprendre, c’est que leur histoire s’est modelée en fonction des textes législatifs qui sont venu encadrer leur existence. Ils n’ont jamais eu une vraie autonomie de décision. Il y a ainsi des personnes qui étaient à l’origine libraire et qui ont fini à la tête d’un sex-shop sans se rendre compte qu’ils passaient d’une étape à l’autre. On peut cependant noter un premier marquage en 1971 avec l’apparition des cabines de visionnages, puis en 1973 avec l’obligation par arrêté préfectoral d’opacifier les vitrines des sex-shops.”
Le sociologue rendit compte des discussions parlementaires.
Devant l’Assemblée Nationale, d’une part : dans le cadre de la loi sur la protection de l’enfance, vota un amendement (inspiré par Christian Philipp, UMP, Rhône, et Bernard Perrut, UMP, Rhône) qui interdit l’installation de sex-shops à moins de 200 mètres des écoles, collèges et lycées, sous peine de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Les associations de parents d’élèves, de jeunesse et de défense de l’enfance en danger, régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits, pourront se porter partie civile.
La nouvelle loi : Interdire les magasins à sex-toys ! par Baptiste Coulmont
Devant le Sénat, d’autre part : Interdire les sex-shops : le débat au Sénat publié le 12/02/2007 par Baptiste Coulmont
Cette approche moralisatrice du législateur concernant les magasins à “jouets sexuels” (sex-toys) n’est nullement exclusive d’une autre question de santé publique, à savoir, l’utilisation de ces objets sous l’angle de la protection du consommateur.
En effet, au moment où le débat français prenait des accents de croisade morale, le législateur ignorait le débat sur la dangerosité de certains produits chimiques (ex : phthalates) utilisés dans la fabrication des sex-toys.1 Une question qui n’est pas moins sérieuse que la protection de l’enfance, et qui rappelle, si besoin était, que la sécurité des jouets des adultes ne mérite pas moins d’attention que les jouets des enfants.2
carte Google des écoles parisiennes
Pour les besoins de son étude, Baptiste Coulmont a fait entrer le sex-toy dans l’ère du web 2.0, en cartographiant les écoles de Paris avec Google map. La visualisation sur une carte des écoles visées par la nouvelle législation dans le périmètre de Paris intra-muros permet de mieux apprécier l’importance de l’enjeu en matière de protection de l’enfance, au seul vu de leur nombre.
Cependant, si la protection des jeunes enfants n’appelle pas de remarque particulière sur le principe, il en va tout autrement quand on aborde la question du rapport à la sexualité par le biais de la technologie.3
“Dans les foyers abonnés à Canal +, 11 % des enfants de 4 à 11 ans ont visionné au moins une minute de film X1. Sur une classe de sixième (des enfants de 11 ans), 60 % des garçons et 30 % des filles déclaraient avoir déjà visionné un film X2…. Si la représentativité de ces chiffres vous laissent sceptique, l’étude européenne ESPAD (European School Survey on Alcohol and Other Drugs) conduite sur plus de 16 000 élèves de 12 à 18 ans devrait vous convaincre : 71 % des garçons de 14 à 19 ans ont vu un film pornographique dans l’année précédente, tout comme 40 % des filles.” 4
On est donc en droit de se demander quelle peut bien être la portée de la nouvelle législation sur les magasins à “sex toys” quand il s’agit de protéger la “génération porno”.
En effet, les enfants et les adolescents ne font que consommer ce que la société des adultes prétend leur interdire le plus longtemps possible, et qu’il découvrent de plus en plus tôt.
On constate un même décalage entre la réticence de principe des adultes à exposer leur intimité en public 5, et la liberté avec laquelle les nouvelles générations s’exposent sur les réseaux grâce à l’utilisation des outils de communication de masse.
Aux Etats-Unis, “Le magazine CosmoGirl en partenariat avec The National Campaign, l’association de prévention de la grossesse à l’adolescence ont interrogé 1280 jeunes âgés de 13 à 26 ans aux Etats-Unis, viennent de révéler les résultats de leur enquête dans un rapport intitulé “Le sexe et la technologie” (pdf in english).
Les résultats de l’étude montrent que :
• 21% des jeunes femmes et 18% des hommes avouent avoir publié ou envoyé, au moins une fois, des photos personnelles partiellement ou totalement nues.
• 49% ont déjà envoyé des sms explicites au contenu sexuel.
• 15% de ceux qui ont envoyé des messages à caractère sexuel ne connaissent pas réellement leur destinataire.
• 2/3 des filles interrogées ayant envoyé des photos explicites, l’on fait pour l’amusement et pour séduire. 52% souhaitant simplement offrir un cadeau sexy à son conjoint, et 40% affirment l’avoir fait pour le fun.
• 1/3 des jeunes expliquent également avoir déjà vu des photos sexy d’autres personnes” 6
“Huit adolescents sur dix disent qu’ils auraient des scrupules à envoyer une image sexy d’eux mêmes ou un message érotique parce qu’ils pourraient “le regretter plus tard”, et 70% ont dit qu’ils craignaient de “décevoir leur famille”. Mais pour plus d’un tiers des adolescents (38%), l’échange de messages à caractère sexuel rend une relation amoureuse réelle plus probable, et trois d’entre eux sur dix affirment qu’ils s’attendent à ce que ceux qui échangent des contenus à caractère suggestif aient une relation.”
USA : un adolescent sur cinq a testé le “sexe électronique” 11/12/08 Europe 1
L’engouement est tel pour les nouvelles technologies de la communication, et la généralisation de leur utilisation est si rapide 7, qu’il devient difficile de porter un jugement moral sur les mutations qu’elles sont en train d’engendrer, car on peine à mesurer l’ampleur des bouleversements qu’elles impliques. Au delà des progrès techniques, c’est bien de l’émergence d’une nouvelle civilisation qu’il s’agit.
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Raisons pour lesquelles les parents européens n’ont pas recours au filtrage du contenu ou à un logiciel d’assistance (étude Eurobaromètre Flash) :

Vers un usage plus sûr d’Internet pour les enfants dans l’UE – perspective des parents (pdf) 12/08 ec.europa.eu
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Les jeunes et les technologies de l’information : usage raisonné ou abusif ? Patrice Flichy
interview de Danah Boyd et Henry Jenkins au sujet des adolescents et d’Internet, intitulé “MySpace and Deleting Online Predators Act (DOPA)” 8
Les adolescents et la technologie : accès et utilisation (pdf) Tendances sociale canadiennes 2003
Séminaire Désir et technologies Destins du désir / devenirs de l’amateur : adolescence, subjectivation, addictions, dans le contexte des industries culturelles Institut de Recherche de l’Innovation, Centre Pompidou (pdf)
Sexe, I.A. et jeu vidéo – interview : Peter Molyneux 22 Décembre 2008 Gameblog
- Survey and health assesment of chemicals substances in sex toys 2006
What’s more dangerous, your sex toy, or your sex toy industry ? January 11, 2007 [back]
- USA à propos de la jurisprudence “Lawrence” :
Une loi interdisant le commerce des sex toys n’est pas contraire à la Constitution Tetu, 2 mars 2007
Lawrence v. Texas and Sex Toys The Volokh Conspiracy , April 4, 2008 [back]
- La loi en France protége les adolescents âgés de moins de 15 –18 ans. Cette protection inclue l’interdiction d’avoir des relations sexuelles avec les mineurs, et l’interdiction de les exposer aux produits pornographiques.
La protection des mineurs à la télévision et à la radio CSA [back]
- Les ados accros au porno ? Doctissimo [back]
- contra : on constate qu’un nombre grandissant de personnes compilent des données personnelles à des fins statistiques qu’elles publient sur le web : The New Examined Life – Why more people are spilling the statistics of their lives on the Web Wall Street Journal, december 6,2008
Exemple : Mycrocosm “is a web site that makes it possible for people to use statistical graphs and other visual language tools for expressive social communication. In particular it provides an alternative to purely text based micro-blogging software.” [back] - 1 jeune sur 5 envoie des photos personnelles nues sur Internet 18.12.2008 [back]
- MIT students build mobile applications in 13 weeks by Doug Aamoth on December 12, 2008 [back]
- voir le commentaire (2006) de Stéphanie Booth (Suisse) qui “fais régulièrement des conférences dans des écoles, pour faire de la “prévention blogs” ou “prévention Internet” en général” : Adolescents, MySpace, internet: citations de danah boyd et Henry Jenkins 20 décembre 2006 [back]









